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Ingrid Betancourt ou la Chronique d’une libération annoncée

Beaucoup a été dit dernièrement sur la libération d’Ingrid Betancourt, mais presque rien qui permette de comprendre le contexte de son enlèvement, de sa captivité et des événements qui ont conduit à ce qui se passe en Colombie réellement. La plupart de gens ignorent que la Colombie a été le théâtre d’une guerre civile non déclarée depuis l’année 1948, c’est-à-dire 3 ans après la chute de Berlin et la fin du III Reich. En effet, en 1948 le président Jorje Eliecer Gaitan est assassiné, la mort de ce leader populaire, a mis le feu aux poudres et provoqué des émeutes et des soulèvements sanglants. Les règlements de comptes entre « libéraux » et « conservateurs » les affrontements entre groupes armés conduisent à ce que l’on appelait alors « la violencia ».

Le Général Rojas Pinilla prend le pouvoir et entreprend la pacification du pays face aux groupes armés. Les paysans terrorisés quittent leurs fermes et leurs villages en flammes et échouent au cœur des grandes villes : Bogota, Cali et Medellin. Des milliers d’enfants sont dans la rue, les taux de prostitution et de criminalité atteignent des niveaux inconnus jusqu’à là. C’étaient les premières séquelles de la guerre civile, les zones les plus touchées furent les montagnes du Tolima et les plaines. Avec le temps, la motivation politique finit par s’effilocher, chez certains la lutte armée se transforme petit à petit en banditisme.

Il ne se passait pas une semaine sans qu’un autobus bondé de paysans ne soit intercepté dans les montagnes et ses passagers massacrés. C’étaient des bons vieux « Chevrolet » avec des carrosseries en bois, peintes de couleurs criardes en jaune, vert, orange…. Les routes étroites qui serpentaient les montagnes n’étaient pas goudronnées. De loin on les apercevait comme des fils de boue et de gravier surplombant les contreforts de la Cordillera. Les virages étaient parsemés de pancartes avec des têtes de mort en souvenir des innombrables accidents de la route.

Le temps dans les montagnes à plus de 3 000 mètres, rappelle plus Londres à l’automne sous la pluie et le brouillard, que les images exotiques de vacances à la mer des Caraïbes ou au Mexique. Les chauffeurs carburaient au « tinto » (café noir léger et doux) et à l’aguardiente (liqueur anisée contenant un alcool de canne à sucre) ils conduisaient comme les pilotes de l’empire du soleil levant à la vue d’un cuirassé américain et bricolaient leurs engins avec des bouts de fil de fer.

Les passagers étaient des gens humbles, surtout des paysans, des femmes et des enfants, ils se déplaçaient avec leurs cochons ou leurs poules pour les vendre au marché, les indiens ne disaient jamais rien, tant ils ont appris à se méfier des « blancs », les autres parlaient un espagnol avec des formules de politesse de l’ancien empire espagnol et s’adressaient à vous en vous traitant de « vuesa merced ». Il y avait aussi des indiennes avec leurs chapeaux noirs, enfermées dans leurs ponchos et leur mutisme habituel.

Lorsque les « bandoleros » attaquaient un autobus, généralement ils barraient la route avec des troncs d’arbres et lorsque le bus freinait ils en faisaient tomber d’autres à l’arrière pour fermer le piège. Tous les passager étaient décapités à la machette pour ne pas gaspiller les munitions, il y avait deux coupes à la mode en ces temps là : le « corte de franela » (coupe T-shirt) droite vers le bas du cou et le « « corte de corbata » (coupe cravate) laissant la tête reliée au corps avec incision en dessous de la mâchoire pour passer la langue à travers, comme s’il s’agissait d’une cravate. Il paraît que parfois les bandits s’amusaient à jouer au football avec les têtes de leurs victimes. Une fois que tous les témoins potentiels avaient été éliminés ils prenaient tout ce qu’ils pouvaient emporter avec eux et disparaissaient dans la montagne.

Les gens du monde se déplaçaient en voiture, armés jusqu’au dents et si possible en convoi ou sous escorte de l’armée, il y avait des endroits qu’il valait mieux éviter et d’autres où il fallait être en bonne compagnie. Le General Rojas avait obtenu quelques succès, la violence bipartisane s’estompe un peu lorsqu’il obtient que les libéraux déposent les armes. Mais le calme et la sécurité ne reviendront jamais.

Après la violencia, les fils à papa quittent l’université pour prêcher l’évangile de Saint Marx et la lutte des classes aux paysans et aux indiens, eux, qui ne demandaient rien, sauf d’être laissés en paix, se font réquisitionner chez les guerrilleros ou chez les paramilitaires. C’était au comble de la guerre froide, ou les mouvements d’extrême gauche, comme le MIR (Mouvement de la gauche révolutionnaire) s’inspirant de Lénine, de Mao et de la révolution cubaine, croient pouvoir exporter le modèle cubain sur le continent.

Les atrocités on continué pendant les années soixante, mais le parti communiste colombien s’est doté d’un bras armé : les FARC, regroupant les débris de la guérilla bolivienne, des chefs non communistes comme Manuel Marulanda et des cadres communistes comme Raul Reyes formé en Allemagne de l’Est sous tutelle soviétique. Les FARC vont mener une guerre sans merci au gouvernement de la Colombie. Parallèlement aux FARC, naissent d’autres groupes comme le M19, qui a séquestré 14 ambassadeurs étrangers dont celui des États Unis.

Un nouvel élément va entrer en ligne de compte vers la fin des années soixante, la drogue avait toujours existé en Colombie : les indiens mâchaient de feuilles de coca avec parcimonie pour tenir le coup en portant leurs charges dans les montagnes et les noirs, dans les plantations de canne de sucre fumaient un joint le soir pour se détendre après une journée de dure labeur. Mais, cette activité traditionnelle faisant partie de la culture locale, va devenir le nerf de la guerre. Les narcotrafiquants ont besoin de champs de coca et de protection pour pouvoir cultiver leurs plantations en paix ; les FARC tombent à point nommé, ils contrôlent de vastes territoires et jusqu’à il y a peu de temps, réussissent à tenir l’armée à distance sans coup férir. Après l’échec du Ché Guevara en Bolivie et l’érosion du communisme dans les pays de l’Est il fallait trouver de nouveaux moyens. La fin justifie les moyens et désormais l’impôt sur la drogue va quintupler les ressources de la guérilla. En plus des péages sur les routes, des rançons sur les enlèvements, des attaques à main armée etc. il y aura le pourcentage du trafic de drogue qui contribue à payer la solde, les munitions, les médicaments.

Avec le temps nombre de mouvements armés déposent les armes en échange d’une amnistie et d’une réinsertion. Même le M19 est entré dans la voie démocratique en fondant un parti. Les FARC en revanche, vont continuer leur combat stérile ayant contre eux le 99% de la population. Leur manque de soutien populaire s’explique aisément, à titre d’exemple : en mai 2002, les FARC ont enfermé dans l’église, les habitants du village de Bojaya qui refusaient de payer l’impôt révolutionnaire, puis ils y ont mis le feu faisant 119 morts dont 45 enfants. C’est une action qui rappelle étrangement celle d’Oradour sur Glane et qui prouve que l’horreur n’a pas de couleur politique.
Le Président Pastrana comme beaucoup d’autres, avait essayé de négocier avec les FARC et leur avait donné un territoire grand comme la Suisse, naturellement ces négociations se sont soldées par un échec. Le respect d’un accord étant une faiblesse de petit-bourgeois qu’un tacticien marxiste léniniste ne peut pas se permettre.

Après plus de 50 ans d’insécurité, de violence et d’une guerre civile larvée, voici le contexte dans lequel la sénatrice Ingrid Betancourt a été enlevée, l’intérêt que sa cause a suscité en France, les tentatives diplomatiques de la France, du Venezuela et d’autres n’ont fait qu’aider à un dénouement heureux de cette affaire en créant un terrain favorable en Colombie pour en finir d’une fois pour toutes avec ce fléau de la société. Quant aux polémiques, ceux qui les créent, le font parce qu’ils ne font rien d’autre. Ceux qui agissent n’ont pas de temps à perdre.

Alex de Valera 17 juillet 2008

Sources :
Entretiens avec Luis Caldas, membre des FARC porté disparu.
Entretiens avec Adolfo Leon Rengifo, poète de gauche exécuté par les paramilitaires.
Entretiens avec Alvaro Pio Valencia, frère de l’ancien Président de la Colombie Guillermo Leon Valencia
Wikipedia
Site du journal El Pais

Le chant des walkyries et l’Etat Providence

Les nazis cherchaient par l’accouplement de belles walkyries et de beaux guerriers à obtenir une race de seigneurs. Le surhomme évoqué par Nietzche et sans doute assez mal digéré par ces émules du chancelier à moustaches (celui dont il est question dans le film de Charlot, comment s’appelait-il déjà ?) régnant sans pitié sur les esclaves. Bon, tout ça était un peu eugéniste sur les bords, pas très respectueux du genre humain, un peu trop néo-païen à tel point que maintenant on part dans le sens inverse :

Actuellement dans notre société on s’évertue à élaborer le « sous-homme », comment ? par l’idée qu’il faut protéger l’individu et lui évitant de prendre le moindre risque, de faire face à la moindre difficulté et c’est comme ça qu’on arrive à une majorité d’individus incapables de rêver d’un avenir, mais rêvant de devenir fonctionnaires de l’Etat providence. Touchant le RMI et travaillant un tout petit peu au noir, juste ce qu’il faut.

Plus il y aura d’Etat et moins il y aura de prise en charge de l’individu par lui-même. Quand on entend le discours de certains grévistes aujourd’hui en France et qu’on sait quelles sont les conditions de travail dans le reste du monde, notamment dans des pays comme Cuba ou la Chine communiste, on a vraiment envie de rire.

La perte de responsabilité va de pair avec la perte de la liberté, mais la liberté il faut se battre pour l’avoir, il faut la mériter car rien n’est gagné en ce monde et les libertés individuelles dans les pays dits démocratiques, sont grignotées jour après jour. Plus on ira vers l’Etat providence plus on sera soumis à l’esclavage. La question n’est pas « que fait le gouvernement, mais que faites-vous ? »

A de V 26 déc. 2007

La France et le bateau ivre

Un navire croise la mer, le navire a une destination, le capitaine suit un cap, les officiers de bord, tout le personnel subalternes et les matelots font de leur mieux, ils donnent le meilleur d’eux-mêmes, ils effectuent un travail d’équipe pour que le navire arrive à bon port, malgré tous les obstacles qui se dressent sur leur parcours.

La France est un navire, elle a un capitaine, c’est une galère qui prend l’eau. Le capitaine est en l’occurrence le Président de la République, il a été élu par la majorité de l’équipage. Dans cette galère les rameurs se trouvent des deux côtés du navire, du côté gauche et du côté droit. Lorsqu’un Président est supposé être à gauche les rameurs de droite enfoncent leurs rames dans l’eau et ne rament pas, les rameurs de gauche rament comme des forcenés mais le navire n’avance pas, il tourne en rond dans le sens des aiguilles d’une montre. Quand un Président de droite est élu, les rameurs de gauche font pareil et le navire semble changer de cap pendant un bref instant, mais très rapidement on s’aperçoit qu’en fait il ne fait que tourner en rond cette fois-ci dans le sens contraire.

Après quelques élections, le navire prend toujours de l’eau et il continue de tourner inlassablement en rond. Les arguments avancés contre le capitaine sont toujours aussi fallacieux et il y a même pire, les insultes des adversaires ne sont rien comparés aux trahisons des anciens alliés. On a même vu un capitaine quitter le navire au milieu de la tempête lorsqu’il a été battu au premier tour laissant ses troupes dans le plus grand désarroi, le sens élémentaire du devoir voudrait que ce soit « les femmes et les enfants d’abord » mais là c’était « démerdez-vous ! J’ai d’autres choses à faire » et lorsqu’une femme a osé briguer la candidature suprême, il ose monter un réquisitoire digne d’un inquisiteur contre elle alors que dans le feu du combat il ne lui est arrivé même pas aux talons.

Finalement les idéologies ne sont pas très pratiques pour éviter les icebergs et quand il-y-en a un en vue droit devant, les grèves de l’équipage et les discours tendancieux ne servent pas à grand-chose. Un problème est un problème, une équation est une équation et le problème en question n’a pas 36 000 solutions. Quand il-y-a le feu il faut faire la chaine et l’éteindre, toute autre action relève simplement du comble de la frivolité.

Que le navire finisse par couler ou par arriver à bon port c’est une affaire de tous et chacun a sa part de responsabilité dans l’issue du voyage, mais il-y-a ceux qui parlent et ceux qui essayent de faire quelque chose.

Les habitants d’un pays ont les gouvernants et les épreuves qu’ils méritent, ce n’est pas la faute du libéralisme, du marxisme, de l’église, des Franc-maçons, de la CIA, des immigrés ou du voisin d’en face. Tout compte fait, on ne fait que récolter ce que l’on sème. Heureusement qu’il-y-a des gens, plus nombreux que l’on croit, qui sont convaincus qu’on peut-y faire quelque chose.

Alex de Valera

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