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La mise à mort du discours, dans le monde de l’incommunication et de la télévision

Il y a une matière très prisée dans l’enseignement classique, elle faisait partie du bagage de tout homme politique et de tous ceux qui dans le domaine public devaient travailler le langage parlé ou écrit afin de convaincre un auditoire. Il s’agit de la rhétorique. Elle a disparu il y a bien longtemps de l’enseignement général, elle avait certes des défauts mais elle voulait qu’un discours soit construit, qu’il ait
une certaine logique, qu’il parte d’un point a. en passant par les points b. et c. en avançant progressivement des arguments en tenant compte des objections et des arguments contraires afin de parvenir à une conclusion au point d.

Dans les dialogues de Platon, les discours de Cicéron ou les mémoires du Général De Gaulle il y a un certain art de la rhétorique, une construction du discours, une logique. L’interview télévisée s’attaque aux fondements de la pensée, à la structure même du discours, sous prétexte de brièveté et de concision, on a droit à un spectacle qui met en scène les débris de la pensée car celle-ci ne peut pas se dérouler de façon logique et dans son intégralité, elle va nul part.

Le schéma logique d’un dialogue qui suit les règles élémentaires de la communication pourrait se passer comme ceci :

    a. question
    b. réponse
    c. nouvelle question.

Il pourrait y avoir des variantes du genre :

    a. question
    b. réponse (objection – contre argument à l’objection – fin de l’argumentation subordonnée) – reprise de la réponse (retour à b.)
    c. accusé de réception ou nouvelle objection et ainsi de suite.

Dans ce type de schéma, il serait sous entendu que la question a un intérêt réel, qu’elle est pertinente et que l’on laisse la possibilité à la personne interviewée de s’exprimer dans un délai raisonnable.

Le schéma typique d’une discussion à la télévision peut prendre la forme suivante :

    a. question 1
    b. amorce d’une réponse à 1
    c. on coupe la parole de l’interlocuteur, nouvelle question 2 déstabilisante, qui empêche de répondre à la question 1.
    d. essai de réponse à la question 2
    e. on lui coupe la parole de nouveau avec la question 3. On ne l’a pas laissé répondre à la question 1 ni à la question 2
    f. il essaye de se défendre sur la question 3
    g. on donne la parole à quelqu’un d’autre qui veut intervenir dans le débat ou on passe un extrait dans lequel on demande son avis à un passant « que pensez vous de … ? »

Au bout du compte on peut être certain que rien de vraiment intéressant n’a été dit, que quand il y a eu une lueur d’espérance que quelqu’un dise quelque chose de sensé, on l’a coupé tout de suite et finalement aucun sujet n’a été traité réellement. On n’a eu que des bribes effilochées de la pensée désintégrée dans l’ère de l’incommunication.

A de V 29 octobre 2007

La vie de Moine

Dans certaines religions il existe une voie qui consiste à fuir les contraintes et les distractions pour chercher Dieu ou la sagesse loin des tentations et des distractions de ce bas monde.

C’est le cas dans la religion Catholique, où Jésus exhortait ses fidèles à le suivre, laissant derrière eux, possessions terrestres, femmes et enfants. Cette pratique s’est prolongée jusqu’à nos jours à travers les communautés monastiques catholiques, orthodoxes et bouddhistes.

Au Tibet, état théocratique, la présence des monastères était très importante avant que ses habitants ne se voient imposer le dogme communiste par les chinois. Leur système de pensée était très différent du système chrétien. Pour les chrétiens la foi prime avant toute autre considération et tout ce qui arrive est la conséquence de la volonté divine, une vie de pénitence et de dévouement à Dieu, en acceptant les épreuves et les souffrances, peut être couronnée par la grâce ; pour les bouddhistes chacun fait son chemin et c’est par son détachement de l’illusion de ce monde et par son propre parcours gouverné par la loi du Karma que l’on arrive à l’illumination. Il est question de l’immortalité de l’âme mais pas du tout de volonté divine. Bouddha est arrivé à la sagesse par sa propre volonté, pas par la grâce divine.

Il y a plusieurs points communs entre les pratiques ascétiques des moines bouddhistes et chrétiens, la plus évidente est la recherche de l’isolement. Pendant qu’un moine prie le seigneur ou médite pendant des longues heures, ce bas monde dans lequel nous vivons continue son cours. Des millions d’êtres humains sont confrontés à la violence, la famine et l’injustice.

La vie du moine suscite l’admiration par sa rigueur, mais son isolement exclue le partage avec ceux qui n’ont pas choisi la même voie. Pire encore, déjà à un échelon moindre, la prêtrise chez les catholiques et les orthodoxes demeure fermée à la moitié des habitants de cette planète : les femmes ! Chez les protestants, les juifs et les musulmans, ceux qui portent le drapeau de la spiritualité institutionnalisée vivent en famille et au cœur de la réalité.

Peut-être que si les femmes avaient eu leur rôle à jouer au sein de la hiérarchie de l’Eglise Catholique et si les prêtres pouvaient se marier, bien des dérives auraient pu être évitées. L’argument selon lequel, un prêtre est plus disponible pour ses paroissiens dans le célibat ne me parait pas très convainquant. Je ne pense pas que l’on puisse connaître la vie sans cette dualité incarnée par l’homme et la femme, sans ce dialogue constant enrichi de points de vue complémentaires, indispensable à la réflexion et à la construction de l’avenir. Je ne crois pas à une sagesse qui ne se forge pas au contact avec la vie. La vie de moine pourquoi pas ?

Mais s’il y a une loi des contraires, une harmonie et une compréhension à trouver comme dans le ying et le yang, ne serait-il pas mieux qu’elle soit le fruit du partage ?

Alex de Valera

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